La Compagnie des Gens
Cavalerie Rouge
D'après Isaac Babel
En co-production avec
le Théâtre Gaston Bernard.
Isaac Babel est né en Ukraine à Odessa en 1894. Dans son enfance, il côtoie, sans la subir directement, la violence des pogroms contre les Juifs à Nikolaïev, puis assiste aux révolutions de 1905 et 1917. A l'école, il apprend parfaitement le français au point que dès l’âge de douze ans, il écrit des récits dans cette langue. N’ayant pu s’inscrire à l’Université d’Odessa en raison du numerus clausus concernant les juifs, Babel part pour Kiev où il suit les cours de l’Institut des Etudes financières et commerciales.
Après avoir passé son diplôme en sciences économiques, il part pour Petrograd où il intègre la faculté de droit. Il dévore Flaubert Maupassant, admire le grand écrivain russe Maxime Gorki et lui envoie ses premiers récits que celui-ci publie dans sa revue « la Vie Nouvelle » jusqu’au jour où le « maître » estime que le jeune apprenti des lettres a épuisé ce qu’il avait à dire.
Avant de se remettre à écrire, il fallait, affirmait Gorki, que Babel courût un peu le monde. Or, l’époque est guerrière et révolutionnaire. Isaac Babel, piqué au vif, s’engage dans la “Cavalerie Rouge” de Boudionny lors de la campagne Polono-Bolchevique de l’été 1920. Le jeune Odessite juif, myope et déjà rondouillard, entre ainsi dans ce corps de cosaques notoirement antisémites, comme rédacteur d’une revue destinée à l’éducation politique des soldats.
Parallèlement à cette écriture de commande, il tient un journal des notes saisies au jour le jour, en marge des combats, dont Babel tirera les nouvelles de Cavalerie Rouge, ouvrage qui rencontrera dès sa première parution un immense succès. Des accusations politiques ne manqueront toutefois pas de se faire entendre. Le maréchal Boudionny sous les ordres duquel il se trouvait, ne pardonna jamais à Isaac Babel d’avoir montré ses cosaques héroïques sous une lumière crue, bien loin du « Réalisme Historique Soviétique » : « Babel crache sur les soldats de l’Armée Rouge avec la salive artificielle de la haine de classe. »
Au contact de la réalité faite de raids, d’exécutions sommaires, de pillage et de réquisitions sauvages, le rêve de révolution prolétarienne du citoyen Babel est en effet mis à mal. Planqué derrière son uniforme de soldat russe, le "binoclard" juif  assiste à un déchaînement de violences inouïes. De toutes parts, quelque soit le camp, bolchevique ou polonais, on pille, on étripe, on viole, on massacre dans les isbas, on saccage les icônes et on profane l'âme humaine dans les shtetls.
Après la défaite de l’Armée Rouge à Varsovie en août 1920 et le cessez-le-feu en octobre, Isaac Babel, malade du typhus et souffrant de crises d’asthme, rentre à Odessa. Tout au long des années 30, Babel sera en quête d'un nouveau style essayant de concilier son amour véritable de la Russie, sa culture juive et son appartenance à la nomenklatura soviétique.
Avant de perdre ses illusions, il avait pris au sérieux les promesses de la Révolution malgré les folies et les tourments qu’elle engendrait, une Révolution qu’il aurait voulu voir gommer toutes les discriminations nationales, sociales, raciales.
Il publiera peu : Les Récits d’Odessa en 1931, recueil de nouvelles décrivant avec ironie la pègre juive d’Odessa, deux pièces de théâtre, quelques scénarios pour le cinéma.
Protégé par Gorki que Staline respectait, Babel sera arrêté en mai 1939, trois ans après la mort de son mentor, et fusillé huit mois plus tard, victime, comme bon nombre d’artistes soviétiques, des purges staliniennes.

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